Episode précédent : « Small is beautiful (5) : le journal papier », par André Gunthert, Actualité de la recherche en histoire visuelle.
Episode suivant : « Small is beautiful (6) : le livre », par Hubert Guillaud, La Feuille.
L’autre jour, je passais par la place des Vosges. Il faisait beau. L’ombre des arbres du square semblait bien agréable . Je ne résistai pas à la tentation d’une petite pause sur un banc, pour lire les nouvelles du Monde en rêvassant.
Pris de la même envie il y a quelques temps, je m’étais mis en quête d’un kiosque à journaux. Mais tout cela est terminé maintenant. Le kiosque à journaux, je l’ai dans la poche désormais, il ne me quitte plus jamais…
J’ai sorti de mon veston le petit objet de verre et de métal. Une face noire très sobre, avec un unique bouton sur le côté d’un petit écran, un dos argenté aux bords arrondis, brillant comme un miroir, marqué d’une petite pomme blanche… L’objet est élégant, tient bien en main, et ne pèse même pas 200 grammes.
J’effleure à peine du bout du doigt l’unique bouton et l’écran s’illumine. Pas de clavier, l’objet ne répond qu’aux caresses… En quelques mouvement de l’index, me voilà connecté à internet. C’est qu’internet est partout désormais, il m’enveloppe, je baigne dedans. Et par la grâce de la ville de Paris, c’est même gratuit dans ce square historique et pourtant à la pointe de la modernité.
Quelques petits coups de doigt supplémentaires, et me voilà en ligne avec Le Monde. C’est aussi simple que ça…

Mon écran est de taille certes réduite, mais une version adaptée du site de presse propose une lecture, finalement, tout à fait agréable. L’objet ajuste tout seul la luminosité de l’écran à l’ambiance qu’il détecte. Et d’un geste de deux doigts qui pincent l’écran et en écartent les bords, j’agrandis l’image qui s’affiche à la taille désirée.
Tout est nouveau pour moi : l’internet mobile, le réseau pervasif, le terminal de poche, la commande tactile… Des gestes nouveaux à apprendre, une autre manière de lire à découvrir, de nouvelles contraintes aussi : chercher la présence des réseaux, préférer ce banc à un autre, car le signal reçu est plus puissant…
Mais tout cela pour retrouver au bout du compte un moment banal et quotidien : lire les nouvelles du Monde, assis sur un banc, à l’ombre des arbres bien taillés du square de la place des Vosges, par un après-midi ensoleillé…
On en parlait depuis si longtemps du journal électronique, du kiosque complet dans la poche, que j’avais fini par être sceptique. Ça n’est pas mûr, ça ne marchera jamais… Le papier a de l’avenir devant lui. Il ne disparaîtra jamais. On en aura toujours besoin. Et voilà que je l’ai dans la main, qu’il fonctionne très bien, qu’il répond à merveille à l’usage que j’en attendais.
C’est même mieux, beaucoup mieux qu’un journal : j’accède au courrier des lecteurs en direct et je réagis en temps réel à ce que je lis ! Je réponds à d’autres lecteurs qui me répondent. Et ça, le papier ne saura jamais, jamais le faire.
Alors oui, aujourd’hui, le kiosque à journaux dans la poche est bel et bien arrivé. Les jours du papier sont comptés, et ceux du kiosquier de la rue de Turenne avec lui.
Dans l’herbe devant moi, une jeune fille allongée est plongée dans un livre… en papier. Cet objet-là résiste encore, mais je suis bien persuadé désormais, que ce n’est plus qu’une question de temps…
Amical salut à André Gunthert et Hubert Guillaud… ![]()
