Vous vous croyiez donc débarrassés de versac ? C’était une méprise. Le blog versac.net est « mort » (comme si un blog était un organisme vivant). Mais, comme annoncé, je ne cmpte pas arrêter d’écrire pour autant.
Je publie donc ici sous ma responsabilité : narvic, l’aimable et estimable tenancier de novövision, a accepté ma demande en forme de clin d’oeil, de publier chez lui, ponctuellement, irrégulièrement, des articles ayant trait au sujet de son blog. J’espère ne pas contribuer à abaisser le niveau des contributions à cette adresse, et m’en tiendrai donc à quelques rares prises de paroles, dans un premier temps autour d’un retour sur le buzz autour de l’arrêt de mon blog, qu’il me semble intéressant d’analyser.
Avant de revenir au fond, aux angles de traitement de cet événement, dans un prochain article, je vais revenir ici sur plusieurs traitements journalistiques de cet « événement » qu’a été la fin de mon blog.
La plupart des rédactions en ligne d’actualités générales ont décidé, rapidement, de couvrir ceci comme un événement, un vrai, par un papier. Je veux bien concevoir que c’en est un (même si je l’ai dénié, ce n’est pas à moi d’en juger). Ceci-dit, cela a donné lieu à des pratiques notables pour leurs évolutions. On sent, d’ailleurs, que ce qui guidait la couverture de cet événement était parfois plus lié au buzz attendu autour de celui-ci qu’à une volonté analyse effective, ou une information du public sur ce qu’il recouvre. il s’agissait de surfer sur la vague.
Lepost.fr : rapidité et évolution
Lepost.fr a été un des plus rapides à dégainer. Avec un article, dans sa première mouture, digne des pratiques les plus mauvaises en la matière : article pondu très vite, lapidaire, absence de vérification des faits, et manque assez fondamental de mise en perspective. On y annonçait que j’étais premier du classement wikio, et un « le blog le plus influent de la sphère française ». Il s’agissait manifestement de publier rapidement, un peu comme pour l’annonce de la mort d’une célébrité.
Deuxième étape, sur lepost.fr, une journaliste tente de me joindre plusieurs fois. Je finis par lui répondre en lui disant que je ne souhaite pas lui accorder d’interview. Elle aligne quand même les questions où, volontairement, je ne réponds pas, ne souhaitant pas donner d’informations à cette rédaction dont j’estime peu l’esprit (et dont je n’ai pas apprécié le premier traitement). L’interview est un modèle du genre : je n’y réponds à rien. Elle sera quand même publiée. On est en droit de se demander s’il y a un travail de sélection de ce qui constitue une information, dans ce nouveau media qu’est lepost.fr, si une interview ne contenant rien est publiée (la déontologie reste, toutefois, respectée : il n’y a pas de déformation de mes propos lapidaires). Ce fut là une erreur de ma part : plutôt que d’envoyer valser la journaliste, j’ai fait l’erreur de dialoguer avec elle, comptant sur son intelligence pour ne pas publier mes réponses.
J’ai réagi avec irritation à ces articles en commentaires. On était au niveau des pratiques de journalisme les plus nulles que je connaisse. Cela a donné lieu à quelques échanges un peu nourris, et une longue discussion avec Benoît Raphaël en fin de journée. Finalement, lepost.fr a un peu modifié son article initial, l’améliorant de manière progressive, pour en faire ce qui correspond à la mission de ce site : une transmission au grand public due ce qui fait du bruit (au risque d’y participer jusqu’à plus soif). L’interview vide de sens demeure, en revanche, sans correction.
20minutes.fr : article modifié en long.
Cela n’a pas échappé au tenancier de ce blog : l’article qui traitait de la fin de mon blog, sur 20minutes.fr, a subi une foule de modifications successives.
Je n’y suis pas étranger.
J’ai en effet contacté la rédaction de 20minutes.fr, pour leur signifier que je trouvais que l’article fait honte au métier de journaliste. Pour l’explication : je connais bien pas mal de gens chez 20minutes.fr, dont j’estime, globalement le travail. je crois même qu’on s’apprécie, avec plusieurs personnes de la rédaction web.
Je trouvais l’angle putassier et faux (un mort, dans la guerre entre blogueurs et journalistes). Il se glissait dans l’article des points de vue pour le moins étonnants (un « on peut en douter » accroché à mes propos, sans qu’il n soit argumenté), et un relais brut d’insinuations diffamatoires de Guy Birenbaum, qu’il ne cesse de balancer ici ou là, qui auraient pour le coup au moins pu être vérifiées par le journaliste, ou confrontées à mon point de vue.
Sans que je ne demande rien de précis, sinon un dialogue sur le sujet, l’article a été modifié plusieurs fois, de manière plus ou moins transparente. Jusqu’à ce qu’on arrive à un truc pas terrible, et bourré de ratures. Réécriture partiellement transparente, contrairement au billet du post, qui a donc ce mérite, mais qui rend la chose peu lisible (et l’o nse demande qui a lu quoi, sur cette affaire).
France 24 : pas de modification, pour un article étonnant
Enfin, dernier épisode qui a généré du courroux : un truc (je ne sais s’il s’agit d’un article, d’un billet, d’une interview…) sur le « blog » les observateurs de France24.fr.
Le statut de cette publication est pour le moins bizarre. j’y suis présenté en tant que « contributeur », ainsi que Guy Birenbaum. On y a l’impression que j’y ai écrit un texte, face à Guy Birenbaum, introduit par un journaliste. C’est d’ailleurs la mission que s’assigne les observateurs : fournir des points de vue d’acteurs, où le journaliste joue un rôle de chef d’orchestre. Le problème, c’est que cette mise en perspective suppose, à tout le moins, l’assentiment des personnes qu’on interroge. Or, en l’occurrence, ce n’est pas le cas.
J’ai refusé toute interview (et il y a eu des tas de demandes) sur la « polémique » avec Birenbaum et Aphatie. Julien Pain, l’auteur de l’article, et responsable des observateurs, m’a contacté, pour « parler de l’état de la blogosphère », et « pas de la polémique » qui ne « l’intéressait pas ». J’ai accepté cette interview, parce que l’expérience de france24 sur ce site me parait intéressante, et parce que j’avais confiance en Julien, ayant été quelques fois en contact avec lui alors qu’il s’occupait du web de Reporters sans frontières.
J’ai donc répondu à une interview, sur ce contrat. Cela donne un article qui ne parle que de cette polémique, sans aucun travail sinon un rappel partiel de quelques faits, et deux voix mises côte à côte. Qu’aurait pu faire un journalisme, plutôt que de simplement mettre en scène deux points de vue ? La réponse me parait simple : enquêter, creuser, mettre en perspective, analyser.
Cela n’a pas été le cas. Une petite polémique, publique celle-ci, en commentaires et sur le blog de Michel Levy-Provencal (responsable technique du web de France24) a donné lieu à des échanges nourris. Ceci-dit, hormis une correction de l’ortographe du nom de Jean-Michel Aphatie, aucune modification ou précision n’est apportée à l’article, l’auteur se réfugiant derrière un droit de réponse que je pourrais demander.
Trois méthodes, trois difficultés
J’avoue a posteriori avoir poussé le bouchon de ces critiques aussi dans le but d’explorer ces pratiques, de tester les réactions de ces journalistes avec leurs sujets, leurs traitements, leurs pratiques. Et j’ai été assez déçu. Comme souvent, le journaliste s’isole un peu dans sa tour d’ivoire, n’aiment pas être mis le nez dans ses poratiques peu amènes ou ses limites. N’étant pas habitué, aussi, à ce qu’un des sujets de son article vienne se confronter, avec virulence, ses propos et son travail.
On touche là à ces nouvelles pratiques du journalisme sur le web. Faut-il modifier un article, une fois publié, et selon quelles conventions ? il serait bon que ces conventions soient constantes et lisibles. Évidemment, la suppression de mentions qui feraient peser un risque juridique sur la rédaction ne peut se faire par la simple rature. Et cette rature est évidemment un compromis peu pratique. Comment réagir quand une des personnes dont on parle dans un article exerce un droit de réponse direct, en commentaires et effectue des remarques sur l’article ? Ces sujets restent souvent vierges, dans ces nouveaux espaces d’information.
J’ai toujours été parmi ceux qui considèrent que le rôle du journaliste est bien de collaborer avec les paroles qui existent en ligne, avec les expertises, avec les commentaires, pour améliorer et enrichir son travail. Il faut, pour cela, ne pas se contenter d’orchestrer, de mettre en scène, mais bien d’effectuer ce qu’on attend du journaliste : une valeur ajoutée, une enquête, une vérification. Dans la rapidité des publications, et la volonté d’attraper le buzz, cela semble parfois se perdre. Il ne faudrait pas que le journalisme se contente de récupérer le buzz (de « mixer » l’information), mais bien de lui apporter une valeur, différente, propre à ce qu’on pourrait légitimement en attendre.
L’attitude à l’égard du « buzz » demeure. Faut-il en rajouter ? Peut-on se passer d’y participer ? Comment y participer avec intelligence ? Ces trois publications montrent qu’elles n’ont pas compris qu’il ne suffit pas de couvrir ce qui fait bruit pour en tirer bénéfice. Il faut aussi proposer un travail meilleur. A ce compte, d’autres articles de blogs, de qualité, sur ma fin de blog, ont plus circulé que ces légers traitements d’actualité. les blogs font circuler, aussi, ce qui est bon.
PS : Rue89 et Mediapart n’ont pas jugé utile la publication d’un article entier sur cet arrêt (ils ont en revanche notifié la chose dans leurs revues de web). Il est vrai que leur logique est différente, chaque micro-événement n’ayant pas vocation à faire l’objet d’un papier. Peut-être sont-ils dans le vrai, en jouant à plein ce jeu de la hiérarchisation par le choix de publier ?
Nicolas Vanbremeersch
