Ce n’est rien de plus qu’une petite expérience personnelle. Il ne s’agit pas d’en tirer des conséquences définitives. Mais bon, cela dit, on peut y réfléchir un instant.

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- (cc) Alexandre van de sande
Ce soir, j’attendais une information… particulière : la réponse du ministre de la Culture Frédéric Mitterrand aux accusations de « pédophilie » et de « promotion du tourisme sexuel », portées contre lui par Marine Le Pen et le Front national, dans une campagne préparée, s’appuyant sur un livre publié par l’actuel ministre en 2005 (et qui avait été plutôt salué à l’époque, me semble-t-il, pour la sincérité de la démarche de son auteur. Lire par exemple ce qu’en dit aujourd’hui Bertrand Delanoé).
Le ministre avait choisi la grand’messe du journal de 20 heures de TF1 pour répondre publiquement à la polémique, probablement l’un des plus grands carrefours de l’audience de masse pour l’info dans toute l’Europe. Mais ce n’est pas devant la télé que je me suis informé hier soir. J’ai testé un autre dispositif. J’ai fait confiance à mon réseau social sur internet, pour voir ce que ça donnait.
Je n’ai donc pas quitté l’agréable terrasse de café où je prenais l’apéro en grignotant de cahoutètes.
J’avais mon ordinateur portable sous la main et le café m’offrait une excellente connexion internet sans fil par wi-fi.
Seulement, mince, au moment précis de mon expérimentation, Twitter, le service de microbloging en temps réel sur lequel je comptais (pour l’avoir expérimenté déjà dans des situations comparables : Retour sur ma nuit américaine : anciens et nouveaux médias au banc d’essai), était totalement… hors service.
Qu’à cela ne tienne, Twitter n’est pas le seul réseau social qui permet de dialoguer en direct : je me suis rabattu sur Friendfeed (qui n’est pas réellement une alternative à Twitter mais un complément fort utile, la preuve ! : Deux ou trois choses au sujet de friendfeed…), et sur Facebook…
Et bien, ça m’a largement suffi.
Je ne dis pas que la chaîne de télé et la journaliste qui interrogeait le ministre étaient inutiles dans l’affaire. Difficile de se passer d’eux, en effet. Ce qui était inutile en revanche, c’est que moi, je rentre à la maison pour me planter devant la télé en abandonnant mon apéro. ![]()
J’ai donc interrogé mon réseau social : « J’ai pas la télé ici : quelqu’un me raconte Mitterrand à la télé ? » et on m’a raconté tout ça en direct.
J’ai gardé un œil sur le fil des messages qui défilait. C’est là qu’on m’a signalé aussi la parution d’une synthèse de l’entretien sur le site 20 minutes.fr, puis la mise en ligne de la vidéo du JT sur Wat, la plate-forme de partage de vidéo de TF1.
Mine de rien, tout ça change tout de même en profondeur mon rapport à l’information d’actualité : je ne cours plus après, et je n’attends pas non plus pour l’obtenir. Elle vient à moi. L’information factuelle (la vidéo) et sa synthèse (20mn.fr) me parviennent en même temps, et même un peu après les commentaires qu’elle suscite dans mon propre réseau social. La conversation « autour de la machine à café » a commencé avant même que l’entretien ne soit terminé.
La télévision est court-circuitée dans ce dispositif et les journaux du matin ne me sont plus du tout indispensables. Que pourraient-ils m’apporter qui vaille que je les paye demain matin, après que j’ai lu gratuitement l’information que me proposaient leurs sites internet dès ce soir ? Un peu plus de commentaire ? Je n’en ai nullement besoin, et le commentaire que la presse pourra me proposer m’importe en définitive bien moins que celui que j’ai déjà lu des quidams d’internet qui forment mon réseau social et dont je me sens plus proche que les éditorialistes patentés et encartés. En plus, j’ai pu dialoguer avec ces « vrais gens » de mon réseau, qui étaient « mes yeux » et avaient vu la télé pour moi, apprécier leur sentiment, leur poser des questions et obtenir des précisions.
Demain, je ne doute pas que TF1 se glorifiera dans un communiqué de l’audience de cette séquence dans son JT. Le chiffre ne sera pourtant pas vraiment significatif. Il comptera bien moins, si l’on veut envisager l’avenir de la télévision, que le nombre de vues de la vidéo sur Wat.tv (hier soir, cette audience doublait toutes les heures). Car il témoignera d’un changement d’usages, dont je suis prêt à prendre le pari qu’il ne fera que se développer et s’installer : la consultation de l’information sur internet, de manière « délinéarisée » (comme disent les spécialistes), c’est à dire quand on veut, et sur recommandation de mes amis plutôt que sur prescription d’une quelconque autorité.
Cette nouvelle petite expérience d’’information personnelle sur internet ne fait donc que confirmer les intuitions que j’ai déjà eues l’occasion de développer sur ce blog. L’épicentre de l’information se déplace. Il va sur internet. Et dans ce nouvel écosystème, l’utilité des journalistes n’a pas disparu, mais ils ne sont plus du tout au centre du jeu.
