Juste un petit passage, comme ça, sur novövision. Je prends quelques quartiers d’été ici. C’est assez agréable, en fait, cette zone assez apaisée.
Tout à l’heure, je regardais le défilé à la télévision, comme beaucoup de monde. J’avoue avoir un goût immodéré pour le spectacle du défilé à la télévision, depuis longtemps. Cela tient un peu des gènes (je viens d’une famille de militaires) et du fait que le défilé propose chaque année un grand direct étonnant, avec commentaires techniques, innovations de réalisation. C’est un des rares moments de communication très grand public de la grande muette, qui mérite d’être vu.
Au delà de la lecture par Kad Merad du préambule à la déclaration des droits de l’homme, qui faisait comme un contraste avec ces rangs d’oignons de dictateurs en face de lui (ah, la lecture par un saltimbanque, effet chti, culture sarkozysto-populaire, on pourrait épiloguer longtemps dessus), ce qui m’a frappé, lors de ce direct, c’est l’intervention de Véronique Saint Olive, qui a fait œuvre d’une journalisme d’une rare impertinence.
Voyez donc :
Je vous la fais en shorter, pour les sourds et les malentendants
Véro : C’est votre premier 14 juillet, ça vous fait quoi ? Carla : C’est mon premier 14 juillet, je suis très émue ? Véro : Vous êtes émue pour ce premier 14 juillet ? Carla : Je suis très émue. Véro : Est-ce que vous avez le sentiment que la France est plus fraternelle, plus ouverte (là, c’est une vraie citation) ? Carla : oui (et maintenant, tu me lâches avec tes questions à la con ?).
Véronique est formidable. La France, plus fraternelle plus ouverte ? comme ça, posé à la première belle dame de France, toute dans son rôle de composition de femme élégante propre sur elle, ambassadrice de charme du président et de tous les français ?
Le pire, c’est qu’elle insiste. Après avoir commenté en direct la remise d’un cadeau par un petit handicapé, après avoir eu ces mots sur la technique de la première dame au contact de la foule, « improvisée, détendue, sympathique, chaleureuse », elle va enfin arracher des questions au président de la République. On attend quelque chose sur le livre blanc, sur le moral des troupes, sur l’UPM, sur l’ONU ? Non, une affirmation « vous vivez des moments extrêmement émouvants », et une question : « Est-ce que la France est plus généreuse et solidaire aujourdhui ? ». Et un Nicolas Sarkozy qui répond l’air de rien, bouh non, pas plus ma cocotte (elle est nulle ta question, Véro ?).
Voilà donc. Un vide de direct. Du rien. Un moment raté de journalisme, comme il y en a tant. Je me souviens de Memona Hintermann, à Washington, en 2004, nous annonçant combien les rumeurs étaient bonnes pour Kerry, au début de la soirée, pleine de joie, dans l’ambiance, tant qu’elle en oubliait toute objectivité, tout travail. Dans les directs, il y en a plein, de ces moments de rien, de vide.
Rien, donc on oublie ? Non.
D’abord, France 2 rediffuse cette non-interview de Carla Bruni à la fin du direct, au moment du dénouement. Comme si elle en valait le coup. Ensuite, elle part en ligne.
C’est le Post qui la poste. En la remixant à son goût (on ne soulignera jamais assez cette drôle d’haitude, assez habile, mais pas très très élégante, qu’à lepost.fr de balancer son logo en bas de toutes les vidéos qu’ils pompent chez leurs collègues). Hop, vidéo balancée, au milieu des autres billets rapides sur la prestation de la première dame (Carla et Nicolas au défilé, Carla et Nicolas très fiers par Fullhdready). reprise du rien, sans commentaires, sans rien.
C’est la promesse du post. Et je l’avoue, elle m’emmerde, cette promesse. cette promesse du non journalisme, du vide, du rien, du bruit à n’en plus finir. Je ne doute pas un instant que « cela marche ». C’est évident. Dès qu’il se passe quelque chose, laisser tout le monde créer quelque chose sur le sujet, choper tout ce qui est produit ici et là et en récupérer l’essence, la base. Metrte son logo dessus, et balancer, avec les bonnes combinaisons de tags, et d’optimisation du titre pour bien apparaitre dans un moteur.
On reproche beaucoup aux blogs d’être un espace de bruit, de trop grande abondance. C’est vrai. Il manque encore énormément de services pour relayer, explorer et organiser ce qui se passe en ligne, dans ces espaces. Je reste persuadé que ce peut être la vocation de journalistes, que de donner accès à la richesse de ce qui se passe dans le web social.
Ce pourrait être la fonction de ces nouveaux media, qui se créent. Mais rue89 ne s’y met pas vraiment, faute de moyens. Et lepost mange allègrement dans les media et toutes sources en ligne,p pourvu qu’elles correspondent à la hotlist supposée de google, en apposant son logo sans autre valeur ajoutée.
Tout cela n’est pas satisfaisant. Où sont les lieux de presse qui donnent à voir avec qualité ce qui se passe en ligne, qui n’ajoutent pas au bruit ambiant un bruit encore plus fort, qui donnent avec de la valeur, qui ne pillent pas mais ajoutent à l’immense valeur des tonnes de micro-contenus publiés ici et là ?
Pour l’instant, je ne les vois pas.
