(Pour voir le diaporama en plein écran, cliquer d’abord sur le triangle dans l’image ci-dessus, puis cliquer sur le bouton qui apparaît en bas à droite, avec les flèches dirigées vers les coins)
Je ne quitte décidément pas le pavé parisien ces jours-ci.
Après la manifestation de l’ensemble des syndicats français, jeudi, de Bastille à Opéra, c’est le comité de soutien « avec les inculpés de l’antiterrorisme du 11 novembre » qui appelaient à défiler ce samedi, de Luxembourg à Denfert, en passant par la prison de la Santé ( « où est détenu Julien Coupat, soupçonné d’être le chef du groupe à l’origine des dégradations contre des lignes TGV et incarcéré depuis le 15 novembre » - cf. Lexpress.fr).
J’allais donc pouvoir enfin voir de près ceux qui se recommandent de « L’insurrection qui vient », ce livre signé d’un mystérieux « Comité invisible », et présenté comme le « bréviaire » d’un nouveau terrorisme d’« ultra-gauche de la mouvance anarcho-autonome », selon le ministère de l’Intérieur (Lire sur éditö : « L’invention d’un gauchisme post-nucléaire »), ceux qui apportent leur soutien aux mis en examen du groupe de Tarnac, dans le cadre d’une enquête policière, qui vire au fiasco.
Ce « Comité invisible » s’est d’ailleurs discrètement manifesté, jeudi, à l’occasion de la manifestation intersyndicale, comme nous l’apprend David Dufresne, en diffusant un tract dont Mediapart a mis en ligne une reproduction (en .pdf).
(cette photo, contrairement aux autres, est placée sous licence libre Creative Commons, qui vous autorise à la reproduire sans demander d’autorisation préalable, en citant son auteur et la source, et sans utilisation commerciale. Elle est téléchargeable ici)
Comité invisible, combien de division ?
Ce samedi, ils étaient donc 1200, « selon la préfecture de police », d’après l’express.fr, et cette fois l’estimation de la police me semble plutôt juste (il y aurait donc des manifestations plus faciles à compter que d’autres ?
)
J’ai donc suivi cette manifestation du début à la presque toute fin et je vous en propose ce petit reportage en diaporama.
Mise au point sur des photos parfois floues
:
Pardon pour la qualité de mes photos, pas toujours bonne.
• D’une part, il faisait froid, et ce n’est pas très pratique de prendre des photos avec des moufles. Mais j’allais tout de même pas me payer une engelure pour vos beaux yeux. Le blogage ne relève pas du journalisme, toujours héroïque quant à lui et n’hésitant pas à braver tous les dangers, comme chacun sait.. ![]()
• De plus, ces manifestants ont une prédilection pour les fumigènes, pétards et feux d’artifice, qui ont une certaine tendance à brouiller la visibilité - et je ne suis pas un expert de la prise de vue en conditions techniquement particulières….
• Enfin, certains d’entre eux ne sont pas toujours « complaisants » avec les photographes, surtout quand on les observe en train de tirer des feux d’artifices en flux tendus en direction des barrages de CRS, pendant que d’autres leur balancent des bouteilles de verre dans la gueule avec application, tout en les insultant copieusement, dans des termes que je n’ose reproduire ici et qui ont souvent trait à la vertu alléguée de leur mère, le niveau imputé de leur intelligence, ou même l’état supposé de leur virilité…
Il est vrai que de telles photos sont susceptibles d’être utilisées en justice. Je n’en reproduirai donc pas de telles sur ce blog, et j’ai d’ailleurs détruit toutes celles sur lesquelles des personnes se livrant à des activités potentiellement illégales pouvaient être reconnaissables. La police, de toute façon, dispose de ses propres photographes. Je ne suis pas leur auxiliaire, et je n’ai pas non plus une vocation de martyr.
Qui sont les invisibles ?
C’est surtout ça qui m’intéressait, à vrai dire, et pas les difficultés relationnelles de ces gens avec la police, une police qui a su fort bien d’ailleurs - pour ce que j’en ai vu - résister à ces provocations répétées, la plupart assez potaches, mais certaines réellement dangereuses (cf. ci-dessus : tirs tendus et jets de bouteilles, que l’express.fr n’invente pas et que je confirme). Enfin, je ne suis pas là pour défendre la police, à qui il est arrivé de ne pas être irréprochable d’ailleurs, et d’être parfois même carrément coupable… Mais je vous parle d’un temps que ces moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, même si Wikipédia s’en « souvient »…
C’est ce qui me frappe d’abord, en effet : la majorité des manifestant étaient jeunes, entre vingt et trente ans, à vue de nez. Avec une présence plutôt minoritaire de gens appartement à des générations plus âgées : des militants anarchistes « traditionnels » (30 à 50 ans), voire quelques vétérans (et quelques membres, apparemment, des familles des mis en examens du 11 novembre).
Ces jeunes sont d’une remarquable homogénéité vestimentaire, ce qui donne une indication sur leur profil : le noir domine, absolument. On est clairement dans le monde du « post-punk » anarchiste et du mouvement des squatts.
C’est le principal enseignement que je tire de mon observation : ce mouvement ne « déborde » pas de son socle « sociologique » originel. Et il était intéressant de… s’y intéresser, en effet.
A la différence du mouvement contre le CPE de 2006, cette manifestation ne semble pas témoigner que la situation du « groupe de Tarnac » émeuve l’ensemble de la jeunesse française.
Seconde remarque, la population considérée ne ressemble nullement non plus à celle qui agissait lors des émeutes de 2005, ou celle, plus récente, de mars 2007 à la gare du Nord.
Les manifestants de ce samedi ne présentent aucun des caractères de « mixité ethnique », comme on dit aujourd’hui, qui étaient si évidents lors des émeutes pré-citées. Dit autrement, les « manifestants invisibles » étaient très majoritairement des « petits blancs ». Très peu de jeunes « issus de l’immigration » (comme on dit aussi) d’Afrique du Nord ou d’Afrique noire.
Dit encore autrement, il n’y a pas de « jonction » entre l’affaire de Tarnac et les problèmes des banlieues. On peut même poser cette hypothèse, que j’avance, selon laquelle ces jeunes de cette « mouvance post-punk anarchiste des squatts » (l’expression est de moi, et pas de Michèle Alliot-Marie !
) ne sont pas issus des banlieues en déshérences, mais plutôt des classes moyennes. Et ces deux catégories de la jeunesse ne se retrouvent pas sur le mot d’ordre qui était d’actualité ce samedi.
Il est intéressant de relever ce point, car le livre « L’insurrection qui vient » prend délibérément les émeutes de 2005 comme modèle et appelle clairement les jeunes des banlieues à se joindre au mouvement insurrectionnel qu’il prône et auquel il tente de donner un cadre philosophique et politique. Il est manifeste, pour le moment en tout cas, que « les banlieues » ne répondent pas du tout à cet appel.
Il y a probablement lieu de traiter différemment le malaise de la jeunesse des banlieues, tel qu’il s’est exprimé en 2005 ou 2007, du malaise de la jeunesse des classes moyennes (dont « L’insurrection qui vient » est un symptôme à mon avis). Il n’est pas exclu que les deux se rejoignent, comme lors des manifestations contre le CPE de 2006. La situation serait alors très sérieusement explosive, mais ça ne me semble pas être le cas pour le moment…
De votre blogueur envoyé spécial sur le pavé parisien, une fois qu’il s’est suffisamment réchauffé les doigts pour s’agiter sur son clavier…
