Je lis en filigrane depuis quelques jours les multiples billets et commentaires du blog d’Eolas. Je suis admiratif, évidemment, de la chose. Ce que j’y lis, c’est une profession qui aime son métier, mais n’a pas les moyens de la faire. Sous pression, et sans capacité de traiter comme il se doit des affaires importantes, intimes.
J’y lis évidemment d’autres choses, bien d’autres choses. L’abondance de ces billets, de ces humeurs, de ces témoignages, est édifiante. C’est cette abondance qui est une riche moisson pour celui qui veut bien se donner la peine et le temps de récolter un peu sur ce sujet.
Je lis ensuite le dernier billet d’Eolas. Et sa critique des journalistes, qui veulent une petite phrase pour résumer ce que disent les magistrats sur son blog. Et se gausse. Puis je lis le commentaire de Bertrand Lemaire, qui rappelle pourquoi la journaliste fait ça. Et Bertrand Lemaire a raison. Et la critique du journaliste, en fait, m’apparait comme un miroir de la critique du magistrat.
Quel est le travail du journaliste, dans cette affaire ? Donner accès, donner à comprendre. C’est pour ça qu’il synthétise. Il concentre un lectorat nombreux, et se comporte dans une économie de la rareté, de la synthèse, inverse à celle de Maitre Eolas. Et le journaliste, comme le magistrat, aime a bien faire son métier (je n’ai pas de statistiques sur les bons et mauvais journalistes, mais je ne vois pas de raison objective à penser qu’elle est différente de celle des magistrats). Le journaliste, comme le magistrat, a peu de temps, il est sous pression, on lui demande beaucoup de papiers et de temps. Peut-être un peu moins que le magistrat : je connais peu de journalistes qui ramènent des dossiers chez eux le week-end pour les potasser (j’en connais quand même).
Du coup, j’ai envie de renvoyer cette critique du journalisme à celui qui montre la douleur d’une profession. La douleur n’est pas la même, mais la contrainte est proche. Exercer l’important et difficile métier de journaliste n’est pas facile. Le faire avec le temps nécessaire à creuser n’est pas évident. Bien sûr, il y a des tas de journalistes qui traitent des infos avec bêtise, sans se donner la peine de travailler leur sujet, et qui se contentent de biais habituels, par fainéantise. Mais je me demande : et si, après tout, c’était pour des raisons proches de celles des magistrats ? Par manque de temps, sous-effectifs, pressions et moyens absurdes, bricolages trop souvent, et surabondance d’info à traiter ?
Je gage que si, dans les états généraux de la presse était créé un blog des « journalistes en colère », leur donnant la parole pour exprimer tout ce qui ne va pas sur leur métier, ils en auraient beaucoup à dire, également. Si j’avais le temps, j’aurais presque envie de l’ouvrir, tiens.
