Laurent Gloaguen, sur Embruns [Ayé, il est reviendu. Aménagement québécois effectué. Vie maritale enfin accomplie avec son mari, et tout et tout… Notre Laurent désormais binational reprend place dans le débat blogosphérique et c’est pas trop tôt.], Laurent, donc, s’intéresse au journalisme québécois (je m’y attendais un peu
) et nous déniche une perle.
Voilà que la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FpjQ) a trouvé la solution à la question ultime de la survie du journalisme : la dé-on-to-lo-gie. Eternel retour de la tarte à la crème. Les journalistes français viennent d’ailleurs de réinventer l’eau chaude eux aussi ! Comme quoi c’est de saison…
C’est Bruno Boutot qui nous met sur la voie, via Mario Asselin.
Comme le notent, fort à propos, nos amis Laurent Gloaguen et Bruno Boutot, on lit manifestement dans la résolution proposée au vote de nos compères journalistes de la FpjQ, appelés à se prononcer de manière franche et massive pour une définition du journalisme entièrement et uniquement par le respect d’une déontologie, une sorte de sourde crainte, voire une défiance, de tout ce qu’internet compte de blogueurs peu recommandables.
Il est urgent que les journalistes délimitent leur territoire, en bâtissant, au besoin, une citadelle. C’est plus facile, il est vrai, de se considérer comme assiégé, à partir du moment où l’on s’est retranché dans une citadelle. Peu importe si, finalement, personne n’assiège vraiment cette citadelle, car personne ne se soucie vraiment de savoir qui s’est retranché à l’intérieur. Au yeux des assiégés, si citadelle il y a, c’est bien la preuve que siège il y a.
Je vous laisse aller voir les détails, plutôt ironiques chez Laurent (on s’en serait douté), et plutôt désolés chez Bruno, pour revenir ici et nous interroger sur ces moeurs si curieuses des journalistes outre-atlantiques. C’est pas ici que ça se passerait, bien entendu. Ce n’est pas en France que les journalistes, dans une position purement défensive et corporatiste, nous ressortiraient la même tarte à la crème… comme ils viennent exactement de le faire à l’occasion des Etats généraux de la presse. ![]()
Je passe sur l’arrogance à prétendre que seuls les journalistes seraient capables de déontologie dans la publication en ligne. C’est à la limite de l’insulte envers tous ces blogueurs non journalistes que je lis tous les jours et dont je trouve la déontologie tout à fait impeccable. Et je m’arrête un instant sur cette déontologie qui serait prétendument la marque de fabrique des journalistes. Allez, on va régler la question d’un trait de plume : je vous renvoie au débat sur l’émission de France2 « Les infiltrés » (avec différents points de vue chez Aurélien Viers, sur l’express.fr et sur novövision), après un passage par « Tarnac, un nouvel Outreau ? »… Et je vous épargne les petits enfants morts qui ne sont pas morts et tout ce que j’ai pu écrire ici au sujet de la déontologie des journalistes.
Quand on vient à dire que tout est question de déontologie, c’est qu’il n’y a plus de déontologie. Si tant est qu’il y en ai jamais eu…
Autant le redire ! J’ai bien plus d’affinités avec les blogueurs pas journalistes qui respectent une déontologie qu’avec les journalistes qui piétinent celle que leur profession affiche et qu’elle est censée respecter.
C’est exactement ça, la magie du blog. Le blogueur, qu’il soit journaliste ou pas - ça n’a pas plus d’importance que ça - est dans une relation bien plus transparente avec les lecteurs que les journalistes des médias traditionnels ont jamais eue. Comme le souligne Laurent Gloaguen :
Finissons-en : un blog est un format, pas un contenu ni un métier.
Mais c’est un format interactif, qui permet au lecteur d’interpeller l’auteur. C’est un format libre, grâce au foisonnement des blogs : si on n’aime pas, on ne revient pas, il y a tant d’autres choses intéressantes ailleurs ! Si les lecteurs reviennent, c’est qu’on les a convaincus. Par ce qu’on met en rayon et dont ils sont seuls juges, et c’est un combat de tous les jours, car le lecteur est sans états d’âme avec les états d’âme des blogueurs.
Et c’est une position autrement moins douillette que de se retrancher derrière une marque de médias qui s’impose à grand renfort de publicité, quand on est un journaliste de média bien protégé, qui ne sera jamais considéré comme pleinement responsable de ses écrits, contrairement aux blogueurs, qui sont leurs propres éditeurs, et qui en assument - pénalement - bien plus que les journalistes des médias… Et en plus, nos charmants législateurs veulent encore charger la barque au détriment des blogueurs, en veillant à ne surtout pas alourdir celle des journalistes traditionnels.
Si la garantie déontologique, c’est d’assumer pleinement ce que l’on écrit, jusque devant le tribunal, alors les journalistes des médias pourront bien me dire tout ce qu’ils veulent : ma responsabilité ici, dans ce blog, est bien plus grande, que celle qu’ils ont jamais assumée dans leurs médias. Et en plus, il sont payés pour ça.
Alors, s’il faut choisir entre les blogueurs et les journalistes, j’ai choisi. C’est les blogueurs… et les journalistes blogueurs. ![]()
Je renvoie encore au billet de Bruno Boutot qui appelle à la coopération plutôt qu’à la guerre :
Personne n’est mort. On se calme. Pour que des professionnels de bonne foi pensent à s’ériger une citadelle bâtie sur tant de mauvais arguments, il faut être frappé d’une terrible crainte. On n’en doute pas. On sait tous ce dont il s’agit : à plus ou moins long terme, on s’en va tous sur le Web. Il n’y a pas plus belle machine au monde de création et de diffusion de contenu. Le Web est notre destination, tous médias confondus.
La coopération est possible et fructueuse. C’est exactement ce que nous tentons de démontrer, journalistes et pas journalistes, en expérimentant aaaliens. Encore faut-il admettre qu’il a des choses qui changent, que tout ne sera pas toujours comme avant, que c’est plutôt une bonne attitude d’être curieux et d’expérimenter quand de nouveaux espaces à découvrir s’ouvrent devant vous.
Alors si guerre il doit y avoir, puisque certains - manifestement - la fomentent et l’attisent, elle n’aura pas lieu entre les journalistes et les blogueurs. Elle aura lieu entre des journalistes traditionnels, obtus et conservateurs… et des journalistes blogueurs, curieux et aventureux. Et finalement, ce ne sera même pas une guerre…
Si une partie de cette profession en vient en effet aux extrémités que certains nous préparent en voulant se retrancher dans une citadelle, on ne retrouvera pas tous les journalistes à l’intérieur ! C’est que nous les laisserons s’enfermer. Et nous continuerons de notre côté à parcourir en liberté les vertes prairies du web… avec nos autres amis blogueurs. ![]()
Nous espérons que c’est nous que les lecteurs suivront - mais nous ne sommes sûrs de rien, car tout est à reconstruire tous les jours… -, en laissant ces journalistes retranchés dans leur citadelle attendre un assaut qui ne viendra jamais… car on les aura tous oubliés depuis longtemps.
Voilà pour mon billet d’humeur du début de week-end. Et maintenant, je vais me reposer.
Maintenant, la parole est à vous… ![]()
Complément (dimanche 7 décembre 2008) :
- Lire aussi la suite : Bruno Boutot, Blogueur-reporter : les clefs du royaume
