Conservant un oeil toujours vigilant sur ce qui se passe actuellement dans le journalisme américain, Eric Sherrer, sur AFP-MediaWatch (décidément une source d’information très riche sur l’avenir du journalisme) présente les propositions de Jeff Jarvis (célèbre professeur de journalisme interactif à l’Université de la ville de New YorK) pour une réorganisation en profondeur des rédactions de journalistes professionnels, de manière à les adapter à internet.
Jeff Jarvis part de l’hypothèse qu’il restera des rédactions professionnelles, même si elles doivent sérieusement réduire la voilure (il envisage une réduction de 30% des effectifs de journalistes (!) comme base de réflexion). L’évolution en cours, aux Etats-Unis comme en France semble lui donner raison…
Juste au passage, on peut envisager d’autres hypothèses, selon lesquelles seules les agences de presse resteraient organisées sur le principe des rédactions (« newsrooms », aux Etats-Unis, « salles de presse », au Québec). Les autres médias évoluant vers d’autres formes d’organisation, plus souples, voire « disloquées » ou en réseaux…
La réflexion de Jeff Jarvis tourne autour d’une réallocation des ressources : avec des « métiers » du journalisme qui disparaissent et d’autres qui apparaissent ou se développent :
Il supprime les éditorialistes (une thèse que l’on défend aussi sur novövision
), enterrant le journalisme d’opinion [1], et allège toutes les autres fonctions qui peuvent aussi être transférées au public lui-même, ou traitées par des liens (photo, « breaking news » (infos de « dernière heure »), la couverture des secteurs « loisirs », « mode de vie », « les critiques »…). Il supprime aussi les journalistes chargés de la couverture des informations nationales et internationale (traitées par des liens).
Il allège les rédactions de leur « gras » : l’encadrement pléthorique (les rédactions sont en effet, en France aussi, des armées mexicaines !), les fonctions d’édition (relecture, correction) et de mise en page (au profit de gabarits préformatés), ce qui est aussi en cours en France…) et celles liées au papier (qui disparaît au profit du net)…
Il développe en revanche le journalisme spécialisé, de « rubrique », le journalisme sportif local, et un peu l’enquête (même si ce journalisme cher à produire sera à terme, selon lui, externalisé et financé par mécénat, à l’instar du projet ProPublica).
Il crée enfin (ce qui évoque un débat en cours en France également
) un réseau de blogueurs attaché au médias, et de nouvelles fonctions de journaliste, animateur de communauté et formateur du public au journalisme…
Le tableaux est réaliste, et synthétise un certain nombre d’évolutions que l’on sent bien se dessiner aujourd’hui : intégration des blogueurs à la sphère des médias, participation plus grande du public en général à la production de l’information, recentrement des fonctions du journalisme vers l’encadrement des internautes, replis vers le local, utilisations généralisée des liens externes…).
Autant dire, aussi, que cet avenir n’est pas franchement rose pour les journalistes : beaucoup de chômeurs en vue (certains se reconvertiront dans le blog !), et une profonde remise en cause pour les autres, qui les amènera quasiment à changer de métier en repassant par la case « formation »… Bref… une révolution culturelle.
Complément (mercredi 16 juillet) :
Lire aussi, sur novövision, au sujet de Jeff Jarvis et ses réflexions décoiffantes :
(avec une série de liens en fin de texte pour poursuivre la réflexion sur ce thème, sur ce blog et sur d’autres
)

