J’y réfléchissais depuis un moment et je suis bientôt prêt à la faire : je vais mettre de la pub sur ce blog. Je vais le faire par provocation
et comme expérimentation
…
Une provocation, un peu dans même la démarche, mais à l’inverse, de celle qui m’a fait sortir du classement Wikio des blogs : il est bien plus confortable de le critiquer de l’extérieur.
Si je trouve ça nul en effet, pourquoi rester dedans ? Pour la pub, c’est l’inverse : me placer justement dans la position inconfortable de celui qui en croque comme les autres, pour être en meilleure posture pour parler du sujet.
Un expérience ensuite, pour observer des mécanismes et apprendre de leur fonctionnement, une expérience comme mise à l’épreuve de mes propres théories aussi et de ma propre capacité à tenir une ligne peut-être pas aussi facile à tenir que je le prétends pour les autres…
C’est une manière de reconnaître aussi une position peut-être un peu idéaliste, voire intégriste, parfois, j’avoue : dénoncer les dérives des billets publicitaires dans les blogs et celles du marketing rédactionnel et de la course à l’audience dans les médias, en me drapant dans la vertu du blogueur pur et sans tache : ni pub, ni classement. C’est quand même un peu too much… ![]()
Une expérimentation surtout. Autant, pour la question plutôt futile des classements de blogs, il ne me semblaient pas spécialement indispensable d’étudier ça de l’intérieur, autant pour la pub l’affaire s’avère nettement plus compliquée…
Votre avis m’intéresse sur cette expérimentation, à laquelle vous êtes invités à participer. Je vous présente donc en détail, avant de lancer cette opération, mes objectifs, mes engagements, le dispositif envisagé. A vous de me dire ce que vous en pensez…
La pub, comment ça marche ?
L’enjeu vaut le coup, à mon avis. On a beau, sur ce blog et un peu partout ailleurs, tourner la question dans tous les sens, la pub semble bel et bien pour le moment le seul avenir du journalisme en ligne et du financement de la production des contenus en général. Google a pris une place absolument centrale sur le web, et Google, c’est surtout… une énorme régie publicitaire. Les rapports, parfois difficiles entre blogueurs et journalistes semblent tourner pour l’essentiel autour de la question de la professionnalisation des blogs (ce qui revient à la question de savoir comment et à quelles conditions on peut tirer un revenu de cette activité) et de la déontologie des journalistes, qui les mettrait, parait-il, à l’abri des tentations face auxquelles les blogueurs seraient, quant à eux, désarmés.
Toute une série de questions se posent, et c’est bien moi qui suis, pour le moment, plutôt désarmé pour y répondre. La pub en ligne, comment ça marche ? Combien ça rapporte ? Qu’est-ce qui rapporte et qu’est-ce qui ne paye pas ? La pub exerce-t-elle une réelle pression sur les contenus qu’on produit ? Est-ce qu’on écrit pour la pub, comme on écrit pour Google et le référencement ? Quelle est la réaction des lecteurs ? La pub les fait-elle fuir ? Les rend-elle suspicieux sur la qualité et l’honnêteté du contenu qui va avec ?
Je n’ai pour le moment que des sources indirectes pour aborder ces questions, et, vu la discrétion bien française sur les affaires d’argent, les blogueurs comme les médias sont finalement fort discrets et évasifs quand on aborde le sujet…
Une expérience de laboratoire
Justement, ce blog est pour moi depuis l’origine… un laboratoire. C’est à travers l’expérimentation en labo que j’ai abordé jusque-là les questions de l’audience, du buzz, du référencement, de la relation aux lecteurs et aux commentateurs, du fonctionnement de la blogosphère, du rapport blogueurs-journalistes, du partage de liens ou de la question de Google, etc. Et la pub ? Il va falloir que j’y passe aussi.
Gagner de l’argent dans l’affaire ? Je ne me fais aucune illusion sur ce que peut rapporter de la pub dans un blog tel que novövision.
Si elle me rembourse les frais que j’engage pour l’hébergement du blog et la location de son nom de domaine, soit quelque dizaines d’euros à tout casser, je pourrais au moins dire que je blogue vraiment… gratuitement, et pas à mes frais. ![]()
Comment va donc se dérouler l’expérience ? Tout tient dans l’objectif que je me fixe : continuer à bloguer autant que possible comme avant, mais avec de la pub dedans, et voir ce que ça change. Ce que ça change à la fois pour moi : ma ligne rédactionnelle sera-t-elle modifiée, même imperceptiblement ? Serais-je soumis à des tentations ? Placé devant des dilemmes ? Contraint à des compromissions ? Et dans la relation aux lecteurs, c’est à dire à vous, et aux commentateurs, c’est à dire vous aussi ? Est-ce que je modifie en profondeur le contrat de lecture - implicite - qui nous unissait jusque-là ? Serez-vous intéressés par l’expérience ou la prendrez-vous comme une trahison ? Ce sera à vous de me le dire (mes statistiques me donneront quelques indications également)…
La règle du jeu
Puisque l’objectif est de changer le moins possible, un certain nombre de règles s’imposent, qui forment une ébauche de charte de la publicité sur ce blog, une sorte d’engagement initial de ma part, auquel vous comme moi pourrons nous référer tout au long de l’expérience :
• Le refus catégorique et irrévocable des billets publicitaires. D’abord et avant tout. Ce serait un tel revirement vis à vis de tout ce qui fait ce blog, que ça n’aurait aucun sens.
• La stricte séparation des espaces rédactionnel et publicitaire (dont le refus des billets publicitaires n’est qu’une illustration). Cela signifie qu’une place précise sera réservée à la publicité, bien différentiée de celle réservée aux contenus : les billets, les photos, les commentaires et les revues de liens. Outre le refus des billets publicitaires, cela veut dire aussi le refus des liens publicitaire intégrés au texte des billets (oui, oui, cette formule odieuse existe, même si elle est finalement peu utilisée, fort heureusement !).
• L’indication claire et sans ambiguïté de ce qui est de la publicité, avec la mention explicite « Publicité », ou « Liens commerciaux ».
• Refuser l’envahissement par le pub et la pub intrusive : rester très mesuré et prudent, en ne transformant pas ce blog en sapin de Noël, refuser les popups, les « habillages » de toute la page du blog, refuser les publicités recouvrant le texte, bref toutes les formules agressives (couleur, animation, son…) qui détournent et dispersent l’attention du contenu réel de ce blog.
• Refuser de solliciter la publicité, ce qui implique que je n’entreprenne pas moi même de démarche auprès d’annonceurs ou de régies publicitaires, en dehors d’une affiliation initiale, ou d’un changement éventuel de prestataire. Il ne s’agit pas pour moi de développer une nouvelle activité de démarcheur publicitaire amateur, en marge de la rédaction des billets et de la conversation sur ce blog.
• Tenir mon projet éditorial en dehors de la publicité. J’entends par là que la publicité ne doit pas intervenir dans mes choix rédactionnels ni en amont : écrire pour la publicité, ni en aval : chercher de la publicité en fonction de ce que j’écris.
• Refuser les cadeaux, les essais de produits, les envois gratuits, les invitations à des opérations promotionnelles (qu’elles soient franches ou déguisées). Cela veut dire notamment un engagement personnel à ce que je continue de payer moi-même les services ou les produits payants dont je peux parler sur ce blog (des livres par exemple). Il faudra peut-être que je vous scanne mes tickets de caisse en librairie pour que ce soit clair. Pourquoi pas ?
Notez au passage que cette règle du jeu n’est rien d’autre que la stricte application de ce que demande, fort classiquement, la déontologie des journalistes. Je ne m’engage finalement à rien d’autre que de la respecter. ![]()
Une expérience participative : votre rôle est essentiel
Tout ça me fait un peu de boulot à mettre au point, mais c’est surtout à vous que ça va en donner : cette expérience est en effet participative.
Je me place sous votre surveillance. Ce sera à vous d’observer et de m’avertir si je ne respecte pas la règle du jeu, ou même si, malgré cette règle du jeu, le contenu de novövision dérive imperceptiblement, sans que je m’en rende compte.
Une certain nombre des points de cette règle du jeu sont précis et faciles à vérifier. Mais d’autres sont plus subjectifs et constituent surtout des engagements de ma part. L’esprit humain est ainsi fait, je ne l’ignore pas, que l’on est pas toujours soi-même le meilleur juge de ses actes… C’est là que votre rôle est essentiel.
Les commentaires de ce billet resteront donc ouvert comme une sorte de forum permanent d’alerte des lecteurs sur mon respect de la charte publicitaire de ce blog.
Deux formules répondant à ce cahier des charges
Après un survol des formules publicitaires existantes, je suis amené à sélectionner deux formules qui me semblent répondre au cahier des charges que je viens de définir.
• Publicités contextuelles Google AdSense :
Avantages :
Une formule très répandue, pas trop intrusive, mais qui doit être signalée clairement comme « publicité » ou « liens commerciaux », avec une charte graphique qui ne fasse pas passer la pub pour du contenu en créant une confusion.
Un choix de pub censé être en rapport avec le contenu (contexte), mais qui reste à vérifier (c’est pas toujours une réussite, à ce que j’en vois ailleurs). Un choix de pub effectué par la régie pub de Google et pas par moi (avec possibilité tout de même pour moi de bloquer certains annonceurs).
Une rémunération liée aux clics, donc au choix des lecteurs, en fonction de l’intérêt que cette pub représente pour eux.
Inconvénients :
J’ai observé, déjà
, que Google offrait des outils d’observation très sophistiqués de l’impact de ce type de publicité et la manière de l’« optimiser ».
Ça ne semble pas être seulement une question d’emplacement et de présentation (manifestement, Google encourage tout de même à « fondre » la publicité dans le contenu, mais sans aller trop loin dans cette direction. Cette affaire est… toute en subtilité !).
C’est aussi une question de mots-clès, déterminés par le contenu de la page (le « contexte » qui conditionnent la nature des publicités qui sont affichées). Et ces mots-clés n’ont pas tous la même valeur (et n’entraînent pas le même revenu !). C’est bien là que l’exercice devient périlleux. Je ne vais pas vous garantir que je ne vais pas regarder ça de très près, puisque c’est justement l’objet de l’expérience. Cette observation des mots-clés, de leur prix, de leur évolution, de ce sur quoi on clique et de ce qui « ne vend pas », c’est précisément ce qui m’intéresse dans l’opération !
Cela va-t-il me pousser à orienter les thèmes de mes billets vers ces mots-clés qui payent mieux que les autres ? Vous le saurez en suivant les prochains épisodes… Et c’est vous qui me le direz !
Dispositif envisagé :
Je m’oriente vers un ou deux espaces de type « boîtes de liens commerciaux » sur chaque page d’article, mais je n’ai pas encore déterminé ni leur taille ni leur emplacement. Je serais vraisemblablement amené à faire des essais, puisque c’est une expérience ! L’intérêt de la démarche est précisément d’observer comment le revenu évolue selon le format et l’emplacement, en tâchant de ne jamais toucher à cette limite ou la publicité devient un repoussoir pour le lecteur. Peut-être aussi un ou deux blocs de ce type sur la page d’accueil… Ça reste à voir. L’objectif n’est pas de maximiser le revenu, mais d’observer comment fonctionne le système…
• Partenariat Amazon pour la vente de livres :
Avantage :
Il s’agit de présenter des encarts publicitaires pour des livres, proposant un lien vers une librairie en ligne permettant de les acheter. Il s’agit plus de partenariat commercial que de publicité, la rémunération étant une commission sur les ventes (de 5 à 10% selon le nombre de ventes). L’observation de cette autre formule de monétisation me semble donc intéressante, à titre comparatif. On peut considérer cette publicité comme un service rendu au lecteur, qui ne donne lieu à rémunération que si le service est rendu.
Il me semble que l’on reste dans la thématique de ce blog, où je présente souvent des livres pour en recommander la lecture, ce qui est une manière - gratuite pour le moment - de vous en suggérer l’achat. Puisqu’il ne m’est jamais arrivé jusqu’à maintenant de parler de livres que je déconseillais (dans ce cas, je n’en parle pas, et je vous fais l’économie d’occuper votre attention sur quelque chose qui, justement, ne vaut pas le coup), il n’y a donc pas, me semble-t-il, à redouter de changement dans ma ligne rédactionnelle.
Questions :
Vais-je écrire plus souvent sur des livres ? Probablement oui. J’ai plusieurs dizaines de notes de lecture « en retard » à rédiger pour ma bibliothèque, sur des livres que j’ai lus ces derniers mois, qui sont tous en rapport direct avec la thématique de novövision. Cette expérience contribuera peut-être à ma motivation pour vous les écrire.
Cela va-t-il changer ma ligne éditoriale ? Dans le choix des livres, je ne crois pas. Mais ce sera à vous de me le dire. Il ne me semble pas que votre intérêt pour la bibliothèque de novövision soit qu’elle s’oriente vers la liste des meilleures ventes d’Amazon.com. Mais que je reste au contraire sur ma ligne : vous faire découvrir des livres intéressants sur ma thématique habituelle, qui ne sont guère défendus dans les médias traditionnels (et pas plus dans les blogs).
Les notes de lecture seront-elles plus courtes ? Probablement. Je m’aperçois que mes notes à rallonge me demande tellement de temps de rédaction et de concentration, que ça en limite finalement le nombre et la fréquence. Et j’accumule du « retard »…
Reste un engagement fondamental : vous assurer que j’ai lu, et que j’ai lu en entier, les livres dont je parle. Là, il faudra croire en ma bonne foi. Mais je vous crois assez intelligents pour détecter rapidement des fraudes éventuelles de ma part sur cet engagement. Et que ceux qui ont un doute m’interpellent directement à ce sujet : on en discutera entre grandes personnes. ![]()
Dispositif envisagé :
J’envisage de faire appel à trois formules proposées par Amazon :
Un encart, avec une photo et un lien, pour chacun des livres présentés, permettant son achat en ligne. Présenté sur la page du billet parlant de ce livre, probablement disposé en pied de billet (je serai peut-être amené à tester différents emplacements).
Une page spéciale, la « librairie de novövision », récapitulant l’ensemble des livres que j’ai sélectionnés et permettant de les acheter.
Un widget, probablement présent sur plusieurs pages (à déterminer), présentant une sélection de la « librairie » et lui donnant accès.
Votre avis m’intéresse…
Si j’écris ce billet avant de lancer mon opération « De la pub sur mon blog », c’est pour vérifier avant, avec vous, si cette expérimentation reste conforme dans votre esprit au contrat de lecture que nous avons établi depuis quelques mois et qui fait le succès d’audience de novövision (un succès qui ne se dément pas d’ailleurs, de mois en mois, je vous le confirme, l’audience de ce blog étant en croissance continue depuis l’origine).
La publicité n’a jamais été un tabou sur ce blog : j’en parle souvent, je relève un grand nombre de liens à ce sujet tous les jours dans ma revue web, et je n’oublie jamais de traiter ce thème de l’avenir des médias et du journalisme sous l’angle économique, c’est à dire celui de l’argent.
Je m’attends, bien entendu, à entendre l’argument selon lequel mettre de la publicité sur mon blog serait un reniement ou une trahison, ou même tout simplement une mauvaise idée. J’attends donc cette argumentation, je tâcherai de l’écouter, et d’y répondre. Peut-être ceux qui la défendent parviendront-ils à me dissuader de mon projet…
Mais d’autres seront peut-être aussi intéressé par l’expérience, l’observation participative à laquelle je vous convie, les enseignements que j’en tirerai et dont je vous ferai part.
Le débat est ouvert : à vos claviers…
Mise à jour (23/11/08) :
Lire aussi :
- Titiou Lecoq, Girl and geek : Les blogs, la pub et Narvic
