On sentait venir quelque chose d’énorme… On vous avait prévenu dès mardi sur ce blog. C’est totalement inédit, d’une ampleur sans précédent. Le blog le plus célèbre de France vient même d’en changer son appellation pour l’occasion : en ce 23 octobre 2008 le « Journal d’un avocat » est devenu le « Journal des magistrats en colère »…

L’appel de Maître Eolas à libérer la parole des magistrats se révèle un formidable succès. 52 57 64 billets (!) [Eolas ne cesse de refaire ses comptes] de magistrats et d’autres membres de l’univers judiciaire ont été reçus et sont aujourd’hui publiés sur le blog. Jamais un média traditionnel n’avait réussi quelque chose qui ressemble à ça.
[Mise à jour : on cherchait le « journalisme citoyen ». On vient de le trouver dans ce qui forme au final une véritable enquête participative sur l’état de la Justice en France aujourd’hui, vue par ses propres acteurs.]
J’y vois la preuve éclatante que les magistrats de ce pays sont les premiers à estimer qu’il y a quelque chose de pourri dans le royaume des médias et que seul le blog d’Eolas est aujourd’hui crédible à leurs yeux pour recueillir leur témoignage.
Il y aura d’énormes leçons à en tirer pour les médias et les journalistes. A moins d’un considérable sursaut, ces leçons pourraient bien être… définitives.
L’ensemble est rassemblé sous le même mot clé et vous trouverez tous ces textes ici.
Maître Eolas le souligne :
La plupart étaient signés par un nom identifiable, mais tous ont demandé l’anonymat, certains par crainte, d’autre pour respecter l’esprit du blog.
Aucune tentative d’usurpation de la qualité de magistrat.
Et d’ajouter :
Bonne lecture : vous avez une opportunité unique de découvrir ce qui se passe sous la robe. Merci aux magistrats ayant participé.
Et une dernière chose : c’est l’extraordinaire maladresse confinant à l’incompétence de l’actuelle garde des sceaux qui a conduit à ce projet un peu fou. Qu’elle en soit remerciée. Donner envie aux magistrats de s’exprimer ainsi, ce qui va tant contre leur culture, restera sa plus grande réussite. Il y a des fleurs qui poussent dans les cimetières.
Mais qu’une chose soit claire : si elle peut être critiquée, même durement, ce ne peut être que sur ses idées, sa méthode, ses réformes. Les attaques personnelles et notamment les allusions à sa vie privée sont grossières et déplacées, même si elle même a pu être tentée d’en jouer pour améliorer son image.
Je ne peux, à mon tour, que vous encourager à vous plonger dans cette formidable lecture. Quelque chose que vous n’avez jamais pu lire ailleurs, jamais dans la presse en tout cas.
Les médias sont morts un peu plus aujourd’hui à l’occasion de cette expérience. Si les magistrats de ce pays n’accordent même plus aux médias le crédit suffisant pour recueillir leurs doléances et que seul le bog d’un avocat reste digne de confiance pour accueillir leur témoignage, c’est bien qu’eux aussi estiment aujourd’hui qu’il y a quelque chose de pourri dans le royaume des médias.
Parmi les journalistes « officiels », seule Pascale Robert-Diard, pour Le Monde, a vu monter ce phénomène. Elle est d’ailleurs une authentique blogueuse ! Les autres n’ont rien vu venir. Ce qui témoigne bien à quel point ils sont aujourd’hui… déconnectés des réalités.
Si j’en crois les referers de ce blog, quelques médias en ligne ont tout de même relevé mon alerte, à défaut d’avoir vu ce qui se passait chez Eolas. Les autres en parleront probablement demain… (mes lecteurs ne s’y sont pas trompés, en tout cas, qui ont fait de ce billet de mardi le plus lu de ce mois. Merci
)
Et vous, quelle conclusion en tirez-vous ?
Mise à jour (12h00) :
On a (re)trouvé le journalisme citoyen
Une réflexion supplémentaire me vient, en poursuivant la lecture de ces billets chez Eolas (je n’ai pas encore tout lu) : j’ai le sentiment de me retrouver face à une véritable enquête participative sur l’état de la Justice en France aujourd’hui. Quel autre terme que celui de « journalisme citoyen » correspond mieux à une telle entreprise ?
On le cherchait partout depuis longtemps. Au point de douter qu’il existe réellement. On vient enfin de le trouver.
Que des journalistes professionnels « travaillent » ensuite cette information, la synthétisent, l’illustrent ou la commentent, c’est fort bien. Mais cette information a été collectée, réunie, éditée (les précieuses notes d’Eolas, qui explicitent un sigle ou un point de droit évoqué par ces témoins)… et publiée, sans aucune intervention de journaliste professionnel. Le tout dans un processus très spontané, peu organisé, mais très rapide, rendu possible par internet. C’est bien une révolution de l’information.
Mise à jour (16h00) : lire aussi…
- La plume d’Aliocha : « Les juges ne mentent pas »
- Authueil : « Libération de la parole »
Mise à jour (25 octobre 2008) :
Deux synthèses intéressantes (à mon avis) des témoignages publiés chez Eolas :
- Jules (Diner’s Room) : « Rachida et les quarante billets »
Analyse des témoignages de magistrats et autres acteurs du monde judiciaire recueillis chez Eolas. La meilleure synthèse que j’ai lue jusqu’à maintenant (c’est celle d’un blogueur non journaliste… )
- Isabelle Zyserman (Rue89) : « Eolas : la colère des magistrats s’exprime chez un avocat »
Pour ceux qui n’ont pas le temps de lire les témoignages de magistrats collectés et publiés par Eolas, la journaliste Isabelle Zyserman en propose un digest, une lecture synthétique avec de nombreux petits extraits significatifs.
Et le « premier bilan » tiré par Eolas de son projet « un peu fou » :
« Je suis dépassé par le succès de mon initiative, et je suis ravi » : « Mon blog a battu son record de fréquentation. La mariée de Lille peut aller se rhabiller. Mon site a enregistré plus de 53.000 visites (contre une moyenne de 30.000), dont au moins 23.000 visiteurs uniques (contre 15.000 d’habitude). Cela ne tient pas compte des lecteurs par flux RSS. Concrètement, c’est 33 Go de bande passante pour la seule journée d’hier. »
Cette affaire a des retentissements dans le monde anglophone :
- Nicolas Kayser-Bril (Online Journalism Blog) : « France : Blogs are dead. Now they’re called ‘the media’ »
(en anglais) Synthèse à destination des lecteurs anglophones du phénomène Eolas en France, et analyse des rapports blog/média.
