Le projet Publish2, en cours d’élaboration depuis plusieurs mois, toujours en version « béta privée » à l’heure actuelle, est présenté comme un « digg-like alimenté par des journalistes », c’est à dire une nouvelle manière d’informer en proposant des liens, sélectionnés par des journalistes, vers des sources d’information repérées et évaluées selon des standards professionnels.
Il s’agit là réellement d’une nouvelle forme de journalisme, que l’on pourrait appeler aussi un journalisme d’« agrégation éditorialisée » (cf. novövision : « L’avenir du journalisme : tu seras un agrégateur humain, mon fils ! »).
Sur le blog du projet Publish2, Scott Karp a publié, en février dernier, un billet pour défendre la thèse passionnante selon laquelle ce « journalisme de liens en réseau » (« Networked Link Journalism »), peut donner aux journalistes, collectivement, un pouvoir comparable à celui de Digg ou de Google (« How Networked Link Journalism Can Give Journalists Collectively The Power Of Google And Digg »).
Selon lui, ce « journalisme de liens » est un concept qui prend du poids. Sa proposition est de passer à la vitesse supérieure en le pratiquant en réseau.
Il cite notamment le témoignage de Jack Lail (managing editor/multimedia for The Knoxville News-Sentinel) :
Je poste des contenus qui consistent en des liens vers des blogs depuis un an et demi et j’inclus depuis longtemps des liens sortants dans mes propres articles. Mais ces efforts s’accélèrent. J’ai commencé récemment à expérimenter avec Karp, la création de séries de liens comme un contenu, certains créés par une seule personne « bookmarquant » des contenus pertinents, et d’autres comme un effort collectif de plusieurs « bookmarkers ».
Les résultats sont impressionnantes. Ces articles formés de liens sortants sont fortement générateurs de trafic, parce que, je crois, ils fournissent un service précieux de gain de temps aux lecteurs. Plusieurs fois dans la semaine passée un article de liens s’est retrouvé n°1 de la journée sur le site combiné knoxnews/govolsxtra.
Selon Scott karp :
Toutes ces observations confirment la valeur journalistique de fond - et la valeur du contenu - des liens dans le cadre d’un travail d’information spécifique, c’est-à-dire un journalisme de lien faisant l’équivalent d’un article de presse. Mais ce journalisme de liens vaut-il l’ensemble d’un journal ? C’est là que le journalisme de lien en réseau entre en scène.
Le journalisme de liens en réseau combine tous les liens créés par des journalistes pratiquant le journalisme de liens pour déterminer le contenu le plus important, le plus intéressant et le plus médiatique lié par des journalistes.
Dans la forme la plus simple de journalisme de liens en réseau, un lien = un vote. L’article de presse qui recueille le plus de votes passe en tête.
C’est le journal de l’avenir - ou plutôt le journal d’aujourd’hui. C’est comme ça que fonctionnent Google et Digg, en combinant la puissance d’un grand nombre de liens.
Qu’est-ce qu’il y a sur une page de recherche de Google ? Ou sur la page d’accueil de Digg ? Un tas de liens.
Mais pas n’importe quels liens - les « meilleurs » liens.
Pourquoi tant de gens vont sur Google et Digg pour cliquer sur ces liens ? Pourquoi génèrent-ils tant de trafic sur le web ?
Parce que ces liens sont déterminés par des réseaux, pas par des individus, et les réseaux sont ce qu’il y a de plus puissant sur le web.
Une personne pratiquant le journalisme de lien peut générer des dizaines, ou dans le cas d’un « top journaliste-blogueur », des centaines de visites pour chaque liens. Des super journalistes de lien comme Glenn Reynolds ou Andrew Sullivan peuvent en générer quelques milliers. Matt Drudge, l’exception qui confirme la règle, peut en générer des milliers et des milliers.
C’est juste une question d’échelle.
Les journalistes pratiquant le journalisme de lien de manière isolée peuvent influencer la distribution des contenus en ligne (ce que la plupart des journalistes ne font pas du tout) mais seulement dans une mesure limitée.
Mais des journalistes pratiquant ce journalisme de liens en réseau pourraient avoir une énorme influence sur la distribution des contenus sur le web - s’ils sont assez nombreux à participer, ils peuvent créer assez de trafic pour faire crasher les serveurs.
Nous avons créé Publish2 comme une plate-forme pour le journalisme de liens en réseau, pour donner aux journalistes et aux organes de presse le pouvoir en ligne qu’ils ont eu hors ligne - le pouvoir de distribution, le pouvoir de Google et Digg sur le web - un pouvoir qui contre ce modèle de monopole de distribution, et que les journalistes ne peuvent avoir que collectivement.
Rappelez vous la loi des réseaux sur le web - plus le réseau est grand, plus puissant il est.
Il y a là, pour Scott Karp, bien plus que le seul enjeu de « résoudre les problèmes endémiques de compétition (gaming) qui empoisonnent Digg et Google ». Il y a un coup à jouer pour les journalistes, et si ça ne marche pas… on tentera autre chose…
Mise à jour (lundi 17h00) :
A propos du « journalisme de liens »
Je m’aperçois, à la lecture des commentaires, que je suis peut-être allé un peu vite, en brûlant les étapes : le projet Publish2, de Scott Karp, ne concerne qu’une forme très particulière de journalisme, peu connue et quasiment pas pratiquée en France : le « journalisme de liens » (« link journalism »).
Il ne s’agit pas de ce journalisme qui va chercher l’information à la source, mais d’un journalisme qui relève de la veille de l’information, et s’apparente plutôt à la revue de presse appliquée au web (par exemple Drudge Report, dont la totalité du contenu n’est formé que de liens externes. Il n’y a pas d’équivalent en France, à ma connaissance… Pour le moment…
).
Le projet de Scott Karp ne vise qu’à imaginer des outils coopératifs pour assurer une meilleure audience en ligne à cette forme de journalisme, en proposant aux journalistes qui le pratiquent de le faire de manière collective en partageant leurs liens collectivement avec le public, dans le cadre d’un réseau spécifique.
Je vais consacrer un billet spécifique au journalisme de liens, qui n’est pas du tout une nouveauté pour le web (les blogueus font ça toute la journée depuis longtemps
), mais qui est une nouveauté pour le journalisme. Il n’y a qu’a voir la diffculté qu’ont les journalistes français et les sites de presse à placer des liens externes dans leurs articles, pour comprendre le chemin qui reste à faire, pour développer en France cette pratique… ![]()
Complément (dimanche 14h00) :
- Sur Mikiane.com, Michel Lévy-Provençal présente le projet Zutopik, qui a des points communs et des différences avec Publish2 :
La démarche qui m’a amené a mettre en oeuvre Zutopik est similaire à celle des fondateurs de Publish2 (hasard et synchronicité…). A la différence, entre autre, que les journalistes ne seront pas les seuls éditeurs référencés sur Zutopik.org. Autre différence, Zutopik.org sera géré par une association à but non lucratif…
