[Via Aurelien Fache sur Delicious ]
- Aris Papatheodorou (2006) : Syndication, information nomade et médias intimes
Une analyse du rôle de la syndication de contenus sur le net (RSS) comme remise en cause du modèle même de média. Cette réflexion rejoint celle sur la circulation liquide de l’information en ligne.
Il s’agit pour Aris Papatheodorou d’un « modèle post-média où l’information se fait nomade, auto-organisée en flux autonome » : « la publication et la circulation sont un seul et même moment d’un flux de données émancipées du modèle du média unique. »
On peut ajouter aujourd’hui (2008) qu’en associant l’usage de la syndication avec le partage collectif de signets (Agrégation de flux RSS + Delicious, par exemple), on aboutit à un nouveau modèle de circulation de l’information, qui n’est ni celui des médias, ni celui des moteurs et des agrégateurs automatisés.
A mon sens, une expérimentation telle que Média Links va dans ce sens.
- Aris Papatheodorou (2006) (extraits) :
La notion de média massif, formaté, rigide, unilatéral, opérant la séparation des acteurs et des spectateurs est, on le sait, largement remise en cause par l’internet. Mais l’étude du mécanisme portant le nom de syndication RSS montre que la notion même de média doit être profondément réinterrogée.
De fait les blogs ont incontestablement poussé les dispositifs de publication sur le Web dans leur ensemble au renouvellement et à l’innovation. L’une des plus puissantes et des plus prometteuses de ces innovations à l’œuvre, que l’on voit particulièrement émerger sur les blogs justement - mais qui en réalité va bien au-delà - est sans doute l’élargissement du domaine et des possibilités de la syndication de contenu.
Post-média intime contre modèle médiatique
La syndication émancipe, dans une large mesure, les contenus de l’espace du site (celui où elle est publiée à l’origine) en les diffusant d’un site à un autre, mais aussi du Web dans son ensemble (…). C’est donc bien un nouveau modèle de média qui est en train de se constituer, avec ce mécanisme capillaire de production et de circulation de l’information et des savoirs. Un modèle où la globalité des réseaux se combine avec la reconquête d’une certaine intimité, d’une proximité qui fait tant défaut au modèle des médias tout court. Un modèle post-média où l’information se fait nomade, auto-organisée en flux autonome, circulant entre les supports et les espaces de publication et de réception.
(…) Le modèle même du média, comme monopole de la publication, est en train de s’épuiser.
D’une certaine façon, le mécanisme de la syndication apparaît bien comme un facteur de crise d’un modèle médiatique déjà mis à mal par la facilité avec laquelle peuvent circuler et s’échanger les données via les multiples canaux de l’Internet. En effet, en démultipliant les circuits de diffusion/publication en ligne, en réduisant toujours plus la séparation entre production, circulation et réception des informations, la syndication fait à sa manière exploser le modèle de publication linéaire et centralisé - en d’autre termes, médiatique - dont le Web est, soit dit en passant, resté jusqu’ici largement tributaire en naviguant entre l’analogie avec la presse écrite (ou le livre) et celle avec la télévision.
Il devient alors possible de penser véritablement un processus de publication largement indépendant des contraintes du formatage pour un média déterminé. Un processus où la publication et la circulation sont un seul et même moment d’un flux de données émancipées du modèle du média unique puisque, désormais, l’information et les savoirs circulent suivant des flux aléatoires et potentiellement massifs, passant d’un support à un autre. Ils peuvent surtout être sélectionnés, organisés et (ré)utilisés par ceux et celles qui jusqu’ici étaient réduits à la catégorie de « lecteurs » ou de « spectateurs ».
