Vous voulez savoir à quoi ressemble un lynchage en ligne ? Quand des dizaines de blogs s’en prennent en meute à la même personne, pour la descendre en flèche en usant de tous les moyens, de tous les arguments… Quand on s’en prend à la personne, à son physique, à son travail, à sa moralité…
Et bien vous allez voir à quoi ça ressemble !
Je rappelle pour mémoire que l’acteur Olivier Martinez se trouve emporté dans ce torrent de boue à son propre sujet, pour avoir simplement mandaté un avocat pour tenter d’endiguer les ragots et le rumeurs qui se répandent sur internet au sujet de sa vie privée. J’évoquais cette affaire ici-même dès le 13 mars : « Le web 2.0 est-il irresponsable ? »
Dans l’ordre d’apparition sur wikio sur la requête « Olivier Martinez » et sur la discussion correspondante, pour les pages que j’ai consultées avant de m’arrêter pour indisposition personnelle à la lecture d’une telle désolation…
On s’en prend à la personne
- « Ce mec semble être prêt à n’importe quoi pour qu’on parle de lui »
- « Le nom oliviermartinez est devenu dans les premiers mois de 2008, un nom commun désignant une personne utilisant la régle de droit de façon abusive pour imposer silence et censure à quiconque sur le web. Autres exemples de noms propres devenus communs : poubelle et vespasienne. »
- « Je le trouve degueu. »
- « Tout ce que je sais c’est qu’il est procédurier et qu’il en veut à la terre entière. »
- « Olivier Martinez est une nouille. »
- « Je ne l’aime pas, je me demande comment j’ai fait pour le supporter jusque là ! »
- « J’entends dire que c’est un artiste super mignon etc. Personnellement je ne trouve pas… »
- « Olivier Martinez est un nain… »
… à son travail
- « J’ai eu le déplaisir de le voir jouer dans quelques films »
- « L’acteur de seconde zone »
- « Un pseudo acteur qui nous a souvent montré qu’on accepte vraiment de tout dans le cinéma »
- « Cet acteur à la belle gueule mais peu talentueux »
- « J’ai adoré ce film et je ne me souviens pas de lui.. Peut-être y jouait-il un pot de yaourt ou un abat-jour ? »
- « Un acteur sombrant dans l’anonymat »
- « Olivier Martinez lui, j’aime pas son jeu. »
- « En plus de n’avoir jamais été un acteur brillant… »
- « Un pseudo acteur de pacotille qui ne tourne plus depuis longtemps »
- « Le jeu d’acteur d’Olivier Martinez est vraiment mauvais. »
- « Un acteur dont la carrière s’essouffle »
- « Franchement, je n’aime aucun film dans lequel a joué l’acteur Olivier Martinez »
… à sa moralité
Un mouvement collectif sur le thème diffamatoire de « l’escroc » avait commencé a être lancé, avant que quelques grandes personnes un peu raisonnables ne dissuadent ses promoteurs de poursuivre leur aventure, qui a finalement tourné court… Il en reste hélas des traces si l’on interroge un moteur de recherche tel que Google…
- Le Buzz, le blogeur et le truand ?
- « Mr martinez a trouvé une idée pour se faire plus d’argent »
- « il faut bien qu’il mange »
… ou un peu tout à la fois
- « Eh beh aujourd’hui, certainement faute de projets cinématographiques, il essaye de se faire du fric avec le web »
- « Je n’aime pas Olivier Martinez, j’aime pas ce qu’il fait, j’aime pas ce qu’il joue, j’aime pas ses films, je l’aime vraiment pas. »
- « Je confirme que je n’aime pas Olivier Martinez, pas son style, pas sa philosophie, ni ses films… »
… avec parfois des mises en garde sybilinnes :
… et toute la blogosphère est enrôlée de force dans l’entreprise
- « Toute la blogosphère francophone s’aligne derrière Eric… »
- « Olivier Martinez contre le reste du monde »
- « La blogosphere n’aime pas Olivier Martinez »
- « Comme tous le web, J’aime pas Olivier Martinez ! »
- « La blogosphère n’aime pas Olivier Martinez »
Un stratégie de défense bien orchestrée
La plupart des blogueurs qui ont marché dans cette combine sont jeunes, et n’ont pas plus de notion de droit que de leur propre responsabilité sociale. Ça n’excuse pas, mais ça atténue… Il est temps de souligner que ce mouvement a été encouragé, on ne sait à quel dessein mais on devine, par l’une des personnes directement visées par l’assignation en justice de l’acteur.
Le debugger procède à un déboguage en règle du procédé employé :
Éric Dupin a finalement livré le nom de l’acteur qui l’attaque en justice. (voir mon billet précédent), certains passages et certaines allusions me laissent quelque peu perplexe…
D’abord on rabaisse l’homme :
Acteur qui eut son heure de gloire éphémère dans Le hussard sur le toit, puis entra rapidement sinon dans l’anonymat.
Ensuite on y va des allusions peu flatteuses, voire misérabilistes :
qu’est-il devenu ? Pourquoi il ne tourne plus ? De quoi vit-il ? Si je n’ai pas de réponse aux deux premières questions, j’ai en revanche ma petite idée sur la troisième…
Après le mépris, la condescendance au sujet de la news incriminée :
Vous voyez le truc : vraiment pas de quoi fouetter un kangourou…
(…) Et puis il y a cette terrible conclusion :
Bien sûr inutile de vous préciser que tout commentaire injurieux, diffamatoire, portant atteinte à l’image ou à la vie privée du plaignant (ou d’un autre) sera impitoyablement effacé. Sur vos blogs en revanche vous faites ce que vous voulez hein, c’est pas moi qui vais vous apprendre des trucs sur l’identité numérique…
En deux mots : Lâchez-vous ! Et ça n’a pas tardé,le Google bombing est en place.
La fin de la récré
Certes, certains avaient bien tenté de tirer la sonnette d’alarme :
- Le Pilori : « J’aime pas les étoiles jaunes » :
La torchère blogosphérique qui agite les blogs à coups de « J’aime pas Olivier Martinez » est nauséabonde. Ca pue ! Et pourquoi pas « J’aime pas les portos » ou « J’aime pas les beaux gosses » ?
- Chamallowblog : :
Le Web français s’est trouvé un bouc-émissaire : l’acteur français Olivier Martinez. (…) La blogosphère lance une fatwa".
- Sitenreveuxyenrena :
Et des milliers de personnes enfoncent le clou. C’est pas malin, c’est même très con. Que fait on du respect de l’autre ? Depuis quand on se fait justice soit même sur le web ? C’est quoi ce bordel ? Vous avez rien de mieux à foutre que de buzzer comme des cons ?
Mais il aura fallu que des « grand frères » du web, des blogueurs plus anciens, reconnus et respectés, interviennent violemment pour siffler la fin de la récré et faire - un peu - cesser la curée :
Evidemment, Olivier Martinez attaque fort et lourd. Mais les lynchages en réponse, même virtuels, me semblent relever d’un comprotement tout à fait moutonnier et détestable. Comme aux pires heures des google bombings sans réflexion.
Je trouve ce lynchage odieux. Il y aurait donc un Groupe Facebook dédié à cette thématique ? Lynchage numérique comme un jeu. Un grand jeu pas grave, allez hop. Attends, moi aussi je vais m’y mettre, je vais créer un groupe. « J’aime pas les lynchages et les mouvements de foule, ça me rappelle trop de trucs pas jolis… »
Embruns aussi, même s’il est un peu en retrait, après avoir lui même mis le doigt dans le pot de confiture :
Critiquons Olivier Martinez et son conseil juridique dans leur discernement dans le choix de cibles, sur le bien-fondé de leur réclamation, argumentons, mais n’attaquons pas gratuitement sur la carrière artistique du comédien, et sur l’homme dans sa globalité, cela n’a rien à voir, et son itinéraire d’acteur de cinéma, même de second plan, est loin d’être méprisable.
Amende honorable et rétropédalage
L’alerte n’aura pas été vaine et certains ont reçu le message, publiant un nouveau billet ou modifiant celui qui était en ligne (mrboo, L-tz, Startup’z, Mik-Matt). Le blog de Denis résume cet état d’esprit :
Je viens de retirer ma note intitulée pourquoi je n’aime pas Olivier Martinez. Pourquoi ? Tout simplement grâce à cette excellente note de Cyrille qui explique que nous avons peut-être eu tord de nous emballer si vite pour Lyncher Olivier Martinez.
Trop tard ! Le mal est fait
Un peu soulagé que des gens sensés soient intervenus dans ce délire et qu’ils soient parvenus à ramener à la raison au moins quelques égarés. Mais c’est bien tard, car le mal est fait…
Je me suis senti bien seul à prêcher dans le désert, pour tenter, avec mes maigres moyens, d’enrayer la machine infernale qui se mettait en place.
Ici même :
- « Colporter des ragots sur le net, cémal ! », le 14 mars,
- « Petits et gros poissons », le 15 mars,
- « Droits et devoirs du libre blogueur », le 18 mars,
- « Agrégateurs, nouveaux maîtres du net », le 19 mars.
Ou bien en commentant de manière - j’espère - argumentée chez les autres :
- Sur Ecopshère, d’Emmanuel Parrody,
- sur Adscriptor, de Jean-Marie Le Ray,
- et chez Eric Dupin lui-même, sur Presse-Citron, dès le 14 mars :
Bonjour Eric,
Votre appel à la communauté internet, qui serait attaquée et qui devrait se mobiliser, me gêne, car si je fais partie de cette communauté, je ne me sens pas du tout attaqué par l’affaire qui vous concerne.
Je ne vois nulle part rappeler que ce qui est à l’origine de l’affaire est bel et bien que quelqu’un (on ne sait pas qui et c’est vraiment pas le problème) se plaint qu’on a colporté des ragots à son sujet sur internet, et qu’il paye des avocats pour rechercher qui sont les responsables.
J’ai deux questions pour vous Eric :
- s’agissait-il bien de ragots colportés sur le net ?
- avez-vous, par l’intermédiaire de Fuzz, contribué à les répandre sur internet ?
Il me semble qu’il et temps de revenir à ces questions simples, car ce sont celles-ci que vous posent ces avocats, il me semble, et pas celle de la liberté d’expression sur internet.
La défense de liberté d’expression sur internet ne consiste pas, me semble-t-il, à se battre pour la liberté de colporter les ragots, sans en assumer les conséquences.
Voilà. C’est dit. Que ma position, un peu à contre courant du buzz général (je m’en aperçois bien) trouve elle-aussi son petit espace de liberté d’expression ici
narvic
La blogosphère est incontrôlable !
Mais aujourd’hui le mal est fait ! Cette fameuse blogosphère s’est montrée stupide, immature, cruelle, bref dangereuse…
Je laisse le dernier mot à Versac :
Répondre à des attaques abusives par un comportement de masse et de noircissement de réputation, c’est jouer le jeu de ceux qui construisent peu à peu une image de netbashing. La réponse à ce type de comportements, c’est la perspective d’un durcissement, encore, de la législation sur la liberté d’expression. Parce que « ces blogueurs sont vraiment incontrôlables » ne sera que ce qu’on en retiendra…
J’ai bien peur qu’il ait raison, et ça me désole…
